La pauvreté liée au handicap au Canada : Apprendre d'aujourd'hui pour améliorer demain
Le 3 décembre 2025, le mouvement Le handicap sans pauvreté (HSP) a organisé un colloque virtuel gratuit qui a réuni des chercheurs ayant une expérience vécue, des prestataires de services, des chercheurs universitaires et communautaires pour discuter de la pauvreté liée au handicap au Canada.
Le colloque comprenait deux volets distincts.
Les présentations individuelles ont été soumises à l'avance et sont disponibles sur la chaîne YouTube de HSP. HSP a organisé ces conférences en panels thématiques, créant ainsi des occasions de approfondir les discussions et les liens entre les différents sujets. Nous encourageons les spectateurs à explorer l'intégralité des enregistrements des conférences en ligne pour aller plus loin.
Les panels de cette série ont été présentés comme des unités complètes, avec des modérateurs et des intervenants déjà en place. Ces sessions ont donné lieu à des discussions ciblées et animées sur des questions spécifiques liées à la pauvreté liée au handicap.
Les enregistrements des panels des sessions A et B sont publiés au fur et à mesure.
En plus des panneaux en direct, le colloque comprenait des présentations par affiches afin de donner un aperçu des recherches menées à travers le pays. Elles sont disponibles sur la chaîne YouTube de HSP.
SESSION A
- Mot de bienvenue, lancement du rapport 2026 sur la pauvreté liée au handicap, invités spéciaux
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Collectif de recherche Clare Li
Le handicap sans pauvreté (HSP) a présenté un hommage préenregistré en l’honneur de Clare Li. Il visait à souligner son leadership, son rôle de défenseuse et son incidence durable sur Le handicap sans pauvreté et sur la Prestation canadienne pour les personnes handicapées. En reconnaissance de son engagement à faire progresser la justice pour les personnes en situation de handicap et à réduire la pauvreté au sein de cette population au Canada, le collectif de recherche HSP porte désormais son nom.
Sandra Pronteau a commencé le symposium en invitant les participantes et participants à aborder le rassemblement avec ouverture de cœur et d’esprit. Elle les a encouragés à faire preuve d’une écoute attentive afin qu’ils puissent en ressortir informés, les deux pieds sur terre et prêts à agir.
Michelle Hewitt, présidente du conseil d’administration de HSP, a souligné l’approche axée sur la recherche de l’organisation en ce qui concerne les moyens de pression. Elle a insisté sur le fait que les personnes en situation de handicap vivant dans la pauvreté sont, pour plusieurs, dans un état de crise constant. Elle a décrit le travail de HSP auprès d’organismes de base comme un moyen d’entretenir une relation de proximité avec les personnes en situation de handicap les plus marginalisées. Le handicap sans pauvreté a d’ailleurs orienté des initiatives, comme Définir la PCPH et le rapport annuel sur la pauvreté des personnes handicapées de HSP. Mme Hewitt a également encouragé le public à consulter les présentations préenregistrées de HSP et les présentations par affichage sur YouTube.
Rabia Khedr, directrice nationale de HSP, a fait part au public de ses réflexions sur le lancement de la Prestation canadienne pour les personnes handicapées en 2025 et l’a informé que les fonds sont désormais versés aux personnes handicapées partout au Canada. En plus de faire valoir les progrès réalisés, elle a évoqué les lacunes persistantes en matière d’accessibilité des prestations; elle demande à ce que les moyens de pression continuent afin de réduire les formalités administratives et améliorer la distribution des prestations. Elle a prié les membres de l’auditoire de s’intéresser vivement au troisième rapport annuel sur la pauvreté liée au handicap de HSP, de même que de reconnaître les obstacles persistants en matière de sécurité alimentaire, de logement, de transport, d’emploi et d’autres éléments essentiels.
Leila Sarangi, de Campaign 2000 et Family Service Toronto, avec lesquels HSP a établi un partenariat dans le cadre du rapport, a élaboré sur les conclusions, qui démontrent que le progrès demeure modeste. Elle a déclaré qu’environ 1,5 million de personnes en situation de handicap au Canada continuent de vivre dans la pauvreté et que près de la moitié de toutes les personnes vivant dans la pauvreté sont handicapées. En 2023, les personnes handicapées vivant dans la pauvreté avaient besoin d’un revenu environ 30 % plus élevé que celui des personnes sans handicap pour atteindre les seuils de pauvreté régionaux, aussi leur taux de chômage restait-il nettement plus élevé.
Chantal Petitclerc, sénatrice, athlète paralympique et alliée des droits des personnes en situation de handicap, a reconnu que la Prestation canadienne pour les personnes handicapées constitue une reconnaissance juridique du fait que les personnes handicapées méritent un soutien financier ciblé. Elle a souligné que la véritable mesure de la réussite réside dans la mise en œuvre d’initiatives et dans les répercussions réelles.
Patty Hajdu, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes en situation de handicap, a remercié HSP pour son leadership dans la promotion de la Prestation canadienne pour les personnes handicapées. Elle a toutefois admis qu’il reste beaucoup de travail à faire. Elle a réaffirmé son engagement envers la poursuite de ce travail en partenariat avec les diverses communautés de personnes en situation de handicap partout au Canada.
- Les obstacles au logement pour les Québécois
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La conférence de Marie-Ève Lamontagne
Le présent panel, Les obstacles au logement pour les Québécois, était la seule présentation du colloque présentée en français. Des services d’interprétation simultanée en anglais, en français et en langues des signes québécoise et américaine étaient offerts. Janet Rodriguez, coordonnatrice des relations communautaires en Ontario chez Le handicap sans pauvreté, en était l’animatrice.
Marie-Eve Lamontagne, professeure à l’Université Laval et ergothérapeute, a parlé de ses recherches auprès de personnes ayant subi un traumatisme crânien. Elle a expliqué qu’une importante crise du logement affectant toute la population sévissait au Québec; les logements adaptés se font donc particulièrement rares. À l’extérieur des zones urbaines denses, comme la basse-ville de Québec, les logements adaptés sont rares, voire inexistants, surtout dans les régions rurales. Ses recherches démontrent que les besoins en matière de logement vont bien au-delà des adaptations physiques; ils comprennent les environnements calmes, l’éclairage, la ventilation et les dispositifs de sécurité liés à la mémoire et à la vie quotidienne. Elle nous a rappelé que la population en situation d’itinérance au Québec ne se compose pas uniquement de personnes affectées par des problèmes de santé mentale ou par la toxicomanie, mais aussi d’individus à mobilité réduite et qui souffrent de douleurs chroniques.
Elizabeth Lowe travaille pour Finautonome et est membre du conseil d’administration de HSP. Née avec une paralysie cérébrale et un handicap neurologique qui limite son énergie, elle a raconté son expérience en lien avec les défaillances du système. L’attente pour avoir accès à un logement adapté au Québec peut être de sept à dix ans; les places ne se libèrent souvent qu’en cas de décès. Elle a illustré comment les handicaps invisibles sont régulièrement remis en question, voire ignorés, et comment les subventions pour adapter les maisons privées sont extrêmement difficiles à obtenir. Elle a également exposé l’effet punitif des prestations sous condition de ressources. Vivre avec un partenaire entraînerait la perte d’une partie importante de ses prestations, ce qui lui restreint essentiellement toute forme de cohabitation et promeut l’isolement.
Au cours de la discussion, Janet Rodriguez a expliqué que les taux de chômage plus élevés chez les personnes en situation de handicap sont liés au prix des logements. Ces personnes sont souvent forcées de vivre chez leurs parents ou seules dans un logement inadapté. Elizabeth a évoqué qu’alors que les gouvernements encouragent l’autosuffisance, les prestations pénalisent l’interdépendance. De plus, le manque d’occasions d’emploi à temps partiel perturbe davantage la stabilité des personnes affectées. Marie-Eve a précisé que plusieurs n’ont pas réellement le choix en matière de logement. Ils peuvent soit accepter ce qui leur est offert, soit repartir bredouilles. Les deux conférencières ont demandé à ce que la responsabilité soit partagée entre les gouvernements, les promoteurs et le public. Elles ont détaillé que des personnes en situation de handicap devraient être impliquées dès le départ dans la conception des logements accessibles, afin que les besoins sociaux et sensoriels ainsi que les aspects liés à la sécurité y soient intégrés plutôt que réaménagés ultérieurement.
- Handicap, pauvreté, logement : un regard à travers le prisme de l'expérience vécue
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La conférence de Latonya Ludford
Le panel Handicap, pauvreté, logement : un regard à travers le prisme de l’expérience vécue a utilisé l’expérience vécue de personnes en situation de handicap pour démontrer qu’il est temps d’agir. Il était animé par Michelle Hewitt, présidente du conseil d’administration de HSP.
Steven Vine, créateur du balado Disability Diaries, a raconté son expérience de handicap acquis après une urgence médicale en milieu de travail en 2016, qui l’a rendu aveugle et des suites de laquelle il a subi une amputation et une stomie. Après avoir été placé dans un logement avec assistance aux côtés de résidents beaucoup plus âgés que lui, on l’a finalement prié d’emménager dans une maison de transition ou de vivre dans la rue. Steven dit de l’itinérance qu’elle l’a privé de dignité et d’autonomie. Ce sont deux programmes qui lui ont permis de changer de cap. The Right Fit lui a permis de trouver des logements retirés du marché général, tandis que Choices in Supports for Independent Living a financé directement ses soins à domicile. Il déclare que, grâce à un soutien constant, sa vie lui semble à nouveau valoir la peine d’être vécue. Le balado de M. Vine est né d’un sentiment d’impuissance. Il a désormais trouvé la force de s’exprimer et de la solidarité au sein de la communauté des personnes en situation de handicap.
Marie LeBlanc, une artiste multidisciplinaire originaire du Manitoba qui s’est installée en Alberta, a raconté son expérience à vivre avec des sensibilités environnementales, y compris maintes sensibilités chimiques, une hypersensibilité électromagnétique et une maladie causée par la moisissure. Même une exposition minimale aux éléments déclencheurs de ces sensibilités peut rendre un logement inhabitable. En conséquence, elle a adopté un mode de vie nomade. Vivre dans sa camionnette est pour elle une question de survie; elle doit même souvent se déplacer aux États-Unis pour échapper aux températures glaciales de l’hiver. Elle a dépeint le caractère épuisant de toujours devoir repérer des endroits sécuritaires pour se stationner et les vérifier, peser l’importance de la sécurité physique par rapport aux risques d’exposition et naviguer dans des systèmes provinciaux fragmentés qui ne reconnaissent pas l’air pur comme une exigence fondamentale en matière de logement. Elle a présenté des exemples de possibilités de logement, y compris des logements gouvernementaux pour les personnes présentant des sensibilités chimiques, à Snowflake, en Arizona.
Latonya Ludford, gestionnaire de projet pour le Canada chez The Shift, a expliqué pourquoi les approches « logement d’abord » qui ont fonctionné ailleurs dans le monde n’ont pas réussi à être adoptées au Canada. Elle dit du système qu’il gère l’itinérance au lieu d’y mettre fin. Elle l’a démontré grâce à l’exemple d’un utilisateur de fauteuil roulant ayant des besoins de santé complexes qui est resté dans un campement parce que c’était le seul endroit où il avait accès à des bilans de santé quotidiens. Elle a présenté le projet pilote sur le logement invisible de The Shift, dans le cadre duquel l’organisme collaborera avec les municipalités pour effectuer des vérifications dans les logements vacants et sous-utilisés afin de les rendre disponibles pour les gens dans le besoin.
Tout au long de la discussion, les membres du panel ont souligné que soutenir la communauté est une question de survie et de résistance. Steven a mentionné avoir rencontré des personnes incroyables grâce à son balado. Marie a mentionné des réseaux d’artistes et de personnes en situation de handicap qui permettent à leurs membres de se soutenir mutuellement d’une manière qui n’est pas possible au sein des systèmes traditionnels. Latonya a donné une nouvelle perspective des campements en les décrivant comme des collectivités qui sont le résultat de l’absence de logements et qui peuvent devenir des moyens de pression collectifs qui obligeraient les gouvernements à écouter. Ensemble, les membres du panel ont été clairs : les solutions en matière de logement doivent rétablir la dignité, l’autonomie et le sentiment d’appartenance au lieu d’être centrées sur la gestion de crise.
- Naviguer dans le POSPH
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La conférence de Asif Khan
La conférence de Camille Deondra StewartLe panel Naviguer dans le POSPH s’est penché sur la réalité de l’accès aux prestations en Ontario. C’est Erica Zacharias, d’Ottawa, qui l’a animé. Elle a d’abord raconté son expérience personnelle comme bénéficiaire du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) après un déménagement en Ontario qui a rendu son trouble neurologique impossible à gérer. Son futur travail d’infirmière en soins palliatifs a dû être mis de côté. Dans son témoignage, elle a fait part des multiples obstacles à son admissibilité au Programme. Des prêts étudiants ont été traités comme un revenu et son évaluation financière a pris en compte son ex-conjoint malgré leur séparation, en raison de la crise du logement. Elle a insisté sur le fait que, durant une crise en lien avec la santé, les efforts physiques et cognitifs nécessaires pour comprendre les systèmes du POSPH et s’y retrouver peuvent vite devenir accablants et rendre le processus inaccessible.
Asif Khan, analyste de recherche et de politiques au Centre d’action pour la sécurité du revenu (ISAC), a présenté un aperçu du système. Le POSPH soutient actuellement environ 300 000 personnes en situation de handicap en Ontario. Les prestations mensuelles maximales sont d’environ 1 408 $ pour les besoins de base et le logement; les bénéficiaires se retrouvent donc approximativement 1 000 $ sous le seuil de la pauvreté. Il a mentionné que, d’après des sondages, l’expérience des bénéficiaires autochtones et de ceux vivant en milieux ruraux était habituellement la pire. Ces populations montrent des niveaux élevés d’insatisfaction liée à l’obscurité de l’information, au temps d’attente, à la stigmatisation et à l’incohérence des communications. Il a précisé que plus de la moitié des gens ayant répondu au sondage disent utiliser tout revenu supplémentaire pour combler des besoins alimentaires ou autres besoins de survie, et non pour des dépenses discrétionnaires.
Camille Deondra Stewart, une bénéficiaire du POSPH depuis 2011, a parlé de sa courbe d’apprentissage pour bâtir une stabilité financière dans les limites du programme. Elle a dénoncé le manque de représentation de personnes en situation de handicap qui lui ressemblent. Elle a également souligné la nécessité d’apprendre à lire attentivement les politiques afin de comprendre ce qui est permis. Elle a reconnu que le guide des prestations de santé de l’ISAC publié en 2025 est une ressource importante. Elle a mis le public en garde contre la croyance populaire qu’il n'existe aucune ressource; elles existent, bien qu’elles soient très difficiles à trouver et à comprendre.
Trevor Manson, président de la coalition d’action du POSPH, a évoqué les répercussions émotionnelles que cause le système. Il a mentionné qu’il entend régulièrement parler, au sein de son organisme, de personnes qui disent ressentir de la peur, de la colère et de l’anxiété alors qu’elles tentent de survivre en bénéficiant du POSPH. Il a souligné le caractère éventuellement dangereux de la vérification des ressources en fonction du revenu familial, surtout pour les femmes en situation précaire. Ce phénomène contribue au fait que 90 % des bénéficiaires du POSPH sont célibataires. Il a fait part au public de stratégies pratiques en matière de survie et de planification, y compris la compréhension des règles du REEI, l’utilisation de fonds réservés, la documentation de toutes les interactions et le suivi par écrit des conversations verbales avec les intervenants pour s’assurer de la clarté de la situation et de la responsabilisation des parties prenantes.
Ensemble, les membres du panel ont clairement établi que le POSPH, en plus d’être difficile à comprendre, est fondé sur une structure qui ne promeut pas la santé, la sécurité ou la dignité. Une réforme systémique est donc nécessaire. L’échange de connaissances en matière de survie doit également perdurer.
- Des sociétés justes : les lois canadiennes sur les drogues, l’AMM et les expériences de l’itinérance
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La conférence de Nicole Luongo
La conférence de Ty RaganLe panel Des sociétés justes : les lois canadiennes sur les drogues, l’aide médicale à mourir et les expériences de l’itinérance portait sur les manières dont la combinaison de politiques, de pratiques et d’attitudes sociales cause des préjudices. Michelle Hewitt, présidente du conseil d’administration de HSP, l’a animé. Elle a défini une société équitable comme une société où les gens se sentent valorisés, soutenus et inclus de manière significative au sein de la communauté. Tous les panélistes ont fourni des présentations préenregistrées qui peuvent être visionnées sur la chaîne YouTube de HSP.
Nicole Luongo, analyste du changement des systèmes à la Coalition canadienne des politiques sur les drogues (CCPC), a discuté de son expérience personnelle de l’itinérance et de la consommation de drogues illicites dans le Downtown Eastside de Vancouver. Maintenant basée à Toronto, elle a détaillé comment les lois canadiennes sur les drogues nuisent activement aux individus et aux communautés en interdisant ces substances et en ne réglementant pas leur approvisionnement. Les gens qui les consomment n’osent pas demander de l’aide, puisqu’elles sont criminalisées. Elle a insisté sur le fait que de nombreuses personnes qui consomment des drogues ne souffrent pas de troubles liés à la consommation. Elle a maintenu que la légalisation des substances, jumelée à leur réglementation, est une étape qui doit être franchie si on souhaite promouvoir la justice, la sécurité et la dignité.
Ty Ragan, résident de l’Alberta, a discuté de son travail dans les secteurs du logement, de l’itinérance et de l’AMM. Il a mentionné avoir entrepris des études au doctorat par frustration en constatant les obstacles systémiques qui limitaient l’accès aux ressources pour les personnes qui sortent de l’itinérance. Il a dit des politiques et des pratiques en matière d’AMM qu’elles engendrent de la coercition, une perte de dignité et une mentalité eugénique. Il a également souligné le manque d’accompagnement global dont souffrent les patients. Il a cité des statistiques qui démontrent que plusieurs soignants se sentent mal préparés à soutenir les personnes en situation de handicap ou d’itinérance. Il a mis le public en garde contre le fait que, lorsque l’AMM est considérée dans un contexte de manque, elle risque de devenir le résultat de ce manque plutôt que par choix. Il a contesté la perception des membres de la population comme des contribuables plutôt que comme des citoyens; il s’est questionné sur ce qui devrait être élaboré qui soutiendrait les individus toute leur vie afin qu’ils s’épanouissent.
Emilio Toala a contribué au panel en racontant son expérience personnelle en matière d’itinérance et de handicap invisible. Il a également effectué de la recherche universitaire auprès d’organismes comme Unity Health Toronto et le Centre de toxicomanie et de santé mentale. Il a expliqué qu’il voit l’itinérance comme un handicap en soi. Il a également souligné la proportion excessive de personnes en situation de handicap parmi les personnes en situation d’itinérance. Il a fait remarquer l’existence de plus d’un million de logements vacants au Canada. Il maintient que, pour atteindre un niveau de justice adéquat, on doit rendre ces logements accessibles et offrir un accompagnement global afin de répondre aux besoins des personnes qualifiées de complexes.
Le panel a souligné que les politiques en matière de drogues, les systèmes de logement et les soins de fin de vie ne peuvent être dissociés des valeurs sociales. Une société équitable doit démanteler les politiques qui entraînent la criminalisation, l’abandon ou la coercition et investir dans des conditions qui permettent aux gens de vivre dans la dignité, la sécurité et l’appartenance.
- Néolibéralisme et politiques de gestion du handicap
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La conférence de Stefan Sunandan Honisch
La conférence de William MacGregorLe prochain panel, Néolibéralisme et politiques de gestion du handicap, a analysé les manières dont les mentalités centrées sur l’économie façonnent les politiques en matière de handicap et entraînent la pauvreté. L’animateur était Jen Rinaldi, de l’Université de technologie de l’Ontario. Les deux conférenciers ont offert des présentations préenregistrées, qui sont publiées sur la chaîne YouTube de HSP. Ils ont parlé de leur expérience personnelle de vivre avec un handicap. Les membres du panel ont désigné la pauvreté liée au handicap comme la conséquence de choix en matière de politiques qui poussent les personnes en situation de handicap hors de la classe ouvrière, tout en apposant une valeur sociale au travail. L’AMM a été décrite comme une politique souvent définie comme progressiste, mais qui pourrait renforcer des idées archaïques selon lesquelles la valeur d’une vie dépend de la productivité de l’individu.
Stefan Sunandan Honisch, de l’Université de la Colombie-Britannique, a évoqué que la manière dont le néolibéralisme traite de la gestion de la pauvreté fait fi des relations économiques qui génèrent la pauvreté. Il a établi que la vérification des ressources en fonction du revenu familial vise à combler les manques, et non à réduire les inégalités. Elle emprisonne les personnes en situation de handicap dans un cercle vicieux de pauvreté créé par des relations sociales capitalistes. Il a invité le public à réfléchir à l’AMM présentée comme une solution à la pauvreté des personnes en situation de handicap. Est-ce qu’on parle de progrès ou d’un abandon organisé de personnes jugées non productives sur le plan économique? Il a contesté la nécessité des politiques universalistes fondées sur la justice économique pour mettre fin de manière effective à la pauvreté chez les personnes en situation de handicap.
William MacGregor, de l’Université York, s’est penché sur l’érosion de l’État-providence. Il a mentionné qu’un changement de mentalité avait eu lieu au sein des gouvernements. Elle est passée de la protection de la population contre l’économie à la protection de l’économie contre la population. Ce changement a créé une société de marché où la valeur d’un individu est fonction de son revenu. Les personnes en situation de handicap subissent des préjudices de manière disproportionnée; leurs prestations diminuent et les adaptations requises pour qu’elles aient accès à du travail sont retirées. Il a informé le public que la pauvreté liée aux limitations fonctionnelles qui sévit parmi les personnes en situation de handicap n’est pas prise en compte par le système. Le néolibéralisme dissout la responsabilité collective en percevant la privation causée par la structure sur laquelle repose le système comme un échec individuel. À ses yeux, la répartition des richesses est indissociable de la répartition du pouvoir.
Les membres du panel ont tous clairement indiqué que la pauvreté liée au handicap n’est pas accidentelle. Elle est générée par des politiques qui placent le marché au-dessus de la population et qui encouragent la culpabilisation de l’individu au lieu de prendre soin de la collectivité.
- Intersectionnalité au sein du handicap et de la pauvreté
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La conférence de Rayanne Banaga
La conférence de Danielle LandryLe panel Intersectionnalité au sein du handicap et de la pauvreté portait sur la façon dont le chevauchement des identités façonne les sentiments d’exclusion et d’appartenance chez les personnes en situation de handicap au Canada. C’est Meenu Sikand, vice-présidente du conseil d’administration de HSP, qui l’a animé. La discussion a été abordée du point de vue des droits de la personne et de la justice pour les personnes en situation de handicap. Elle a souligné que les politiques qui concernent les Canadiens et les Canadiennes en situation de handicap dégradent le sentiment d’appartenance et la valeur des personnes racisées en situation de handicap. Elle s’est questionnée sur la manière de traiter ce préjudice de manière effective.
Rayanne Banaga, de Race and Disability Canada, a décrit son travail dans le cadre d’un projet sur la diversité culturelle et l’inclusion, qui examine l’influence de la culture sur la perception du handicap. Elle a critiqué les perspectives économiques qui réduisent la valeur d’une vie à la productivité de l’individu et déshumanisent les personnes en situation de handicap. Elle plaide plutôt pour des réseaux de soins qui comblent les lacunes créées par les politiques. Son modèle de recherche place les membres de la communauté comme des experts, rémunère les chercheurs et chercheuses issus de la communauté et redistribue le pouvoir financier aux communautés concernées. Elle a également remis en question le discours selon lequel les personnes immigrantes soutirent des ressources. Elle soutient que l’apprentissage entre cultures encourage la résilience et redéfinit le sentiment d’appartenance.
Danielle Landry, de l’Université métropolitaine de Toronto, a présenté les conclusions de son projet Prise en compte du capacitisme : les coûts cachés imposés aux personnes en situation de handicap. Basé sur des entrevues qualitatives et une approche fondée sur la théorie, son projet de recherche analyse les façons dont les personnes en situation de handicap comprennent leur vie, entre le handicap, le travail et la culture. Elle a fait valoir que les coûts sont trop souvent perçus uniquement sur le plan financier, ce qui éclipse les efforts considérables que les personnes en situation de handicap doivent déployer pour pallier le manque d’accessibilité. Elle a indiqué que la véritable accessibilité est continue et implique d’être en mesure d’inclure tout son être dans un espace.
Le panel a bien fait comprendre que la pauvreté liée au handicap est indissociable de la race, de la culture, de la migration et du travail d’un individu. Y remédier requiert des cadres fondés sur la justice qui valorisent l’expérience vécue, redistribuent les pouvoirs et ravivent le sentiment d’appartenance.
- Emploi, entrepreneuriat et recherche de prestations
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La conférence de Edna Appiah-Kubi
La conférnece de Sarina MawjiCe panel, intitulé Emploi, entrepreneuriat et recherche de prestations, a exploré la manière dont les personnes en situation de handicap doivent allier travail, revenu et possibilités au sein de systèmes qui pénalisent souvent la participation. Il était animé par Brittany Finlay de l’Université de Calgary.
Edna Appiah-Kubi, qui travaille à Toronto chez Prospérité Canada, a présenté ses outils de recherche de prestations au niveau national. Elle a montré les conclusions d’une étude longitudinale de 2023 qui démontrent que plus de 300 000 personnes avaient utilisé ces outils; leur utilisation a doublé depuis. Les outils ont été conçus comme une ressource centralisée qui couvre toutes les provinces et tous les territoires. Le contenu y est vulgarisé et mis à jour régulièrement afin qu’il reflète les changements en matière de politiques, ce qui contribue à réduire les obstacles à l’accessibilité des prestations.
Sarina Mawji, cheffe de file en matière de services sociaux et de gestion du changement, a axé son discours sur le potentiel inexploité de l’emploi de personnes en situation de handicap. Elle voit l’inclusion comme une stratégie plutôt qu’un acte de charité. Elle a souligné que l’accessibilité n’est pas une faveur, c’est un droit. Les employeurs, les gouvernements et les travailleurs ont tous un rôle à jouer, mais l’essentiel est qu’on devrait donner le pouvoir aux employés, au lieu de leur donner la permission de travailler. Elle a mis les employeurs au défi de transcender la diversité de façade, de valoriser les forces au lieu des déficits, de tirer profit des technologies d’aide et d’adopter le télétravail. Elle maintient également que les systèmes de soutien du revenu doivent cesser de pénaliser les personnes qui travaillent.
Cindy Christensen, analyste de politiques et chercheuse basée à Ottawa, a abordé les arts comme moyen pour les personnes en situation de handicap de se sortir de la pauvreté. Vivant elle-même avec un handicap invisible, elle a analysé les façons dont les politiques culturelles inclusives, les technologies numériques accessibles et le renforcement des compétences peuvent soutenir les artistes. Elle a fait remarquer que, bien que du financement existe, les espaces dédiés aux arts sont très contingentés et souvent dominés par les mêmes bénéficiaires. Par l’entremise de son collectif Amare, elle valorise la collaboration, les micro-subventions et les cheminements alternatifs, comme le mentorat rémunéré et les stages en parallèle ou à la place de l’éducation traditionnelle.
Les panélistes ont souligné que l’emploi et l’entrepreneuriat significatifs naissent de systèmes accessibles, de politiques qui soutiennent les individus et de l’abandon des structures qui punissent les personnes en situation de handicap pour leur participation à la vie professionnelle ou créative.
SESSION B
- Localiser la pauvreté légiférée dans la structuration des dispositions liées aux services aux personnes en situation de handicap en Ontario
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Le panel Localiser la pauvreté légiférée dans la structuration des dispositions liées aux services aux personnes en situation de handicap en Ontario, présenté par Jen Rinaldi et Heather M. Shearer, examinait la façon dont les politiques en matière d’invalidité de l’Ontario produisent et entretiennent activement la pauvreté en raison de leur conception même. À l’aide de deux communications reliées, le panel a expliqué comment les structures de financement, les règles d’admissibilité et les retards dans les services fonctionnent moins comme un soutien et davantage comme un mécanisme d’exclusion.
En s’appuyant sur les points de vue des travailleurs sociaux spécialisés dans l’aide aux personnes handicapées, la communication de Rinaldi soulignait la crise entraînée par la transition, en Ontario, du financement par des organismes à des modèles de financement direct individualisé pour les personnes ayant des déficiences intellectuelles. Les travailleurs ont décrit un système qui semble offrir un choix sans répondre aux besoins fondamentaux, saisi de manière frappante dans les citations suivantes : « On peut avoir une télé, mais on vit dans une tente » et « On peut aller au cinéma, mais on ne peut pas acheter de la nourriture ». Les observations mettent en évidence le fait que les réformes néolibérales délèguent la responsabilité aux individus, tout en éliminant les infrastructures collectives indispensables à la prise en charge, à la stabilité et à la dignité.
La recherche de Mme Shearer se penchait sur les listes d’attente des centres de traitement des enfants dans la région de Durham et révèle une forme parallèle de privation découlant de la loi. Entre 2012 et 2023, les listes d’attente pour obtenir des services de développement essentiels (physiothérapie, ergothérapie, orthophonie) se sont allongées de manière exponentielle, ce qui a eu des répercussions sur des milliers d’enfants. Les familles déclaraient avoir attendu des soins tellement longtemps que les enfants atteignaient souvent l’âge limite avant d’être admissibles, ce qui leur interdisait de fait tout accès. Ensemble, les deux communications dévoilaient comment la pénurie induite par les politiques publiques ne fait pas que retarder l’aide, mais réduit systématiquement les possibilités d’en bénéficier.
- Chaque Canadien compte : comment favoriser l’inclusion économique et sociale des personnes ayant une déficience permanente au Canada
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Le panel Chaque Canadien compte : comment favoriser l’inclusion économique et sociale des personnes ayant une déficience permanente au Canada a clairement justifié le besoin de réforme structurelle, soutenant que des programmes à la pièce ne peuvent pas s’attaquer à l’envergure ou à la permanence de la pauvreté liée au handicap. Au cœur de la discussion se trouvait la proposition d’un régime national d’assurance-invalidité, coordonné au niveau fédéral, transférable et conçu pour fournir toute la vie des soutiens fondés sur les besoins, peu importe le lieu de résidence au Canada, proposée par Chaque Canadien compte. Comme Hubert van Niekerk l’a fait remarquer, ce régime mettrait en place une nouvelle infrastructure sociale et économique englobant soutien médical et sanitaire, soins personnels et aidants, logement et autonomie, transport et mobilité, participation à la vie communautaire et soutien aux aidants familiaux.
Le panel s’est largement appuyé sur des données internationales pour souligner à la fois la faisabilité et l’urgence. Lors d’un exposé enregistré, Bruce Bonyhady a décrit le régime national d’assurance-invalidité de l’Australie (National Disability Insurance Scheme), lancé en 2013, comme une réforme sociale inédite dans le monde entier. Il a ajouté que l’Australie ressemblait beaucoup au Canada actuel avant la mise en œuvre du régime, et expliqué que celui-ci offre un accès universel aux personnes de moins de 65 ans atteintes de handicaps importants et repose sur un modèle social d’invalidité et de financement personnalisé basé sur les besoins, tout en créant également une croissance économique significative. Le panel a ensuite fait le rapport entre le manque de soutien systémique et les conséquences humaines. Ryan Yellowlees, conseiller clinicien agréé, a souligné à quel point l’insuffisance de l’aide aux personnes handicapées contribue directement aux maladies mentales, soulevant de graves préoccupations compte tenu de l’élargissement de l’AMM à la maladie mentale en 2027. À la fin de la discussion, James van Schaik a placé le régime national d’assurance-invalidité parmi les obligations juridiques internationales du Canada, et mentionné que l’ONU, depuis 2006, a cité à plusieurs reprises le Canada pour son non-respect de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Ensemble, les membres du panel ont présenté le régime national d’assurance-invalidité non pas comme une politique ambitieuse, mais comme une nécessité juridique, économique et morale qui se fait attendre trop longtemps.
- La conception universelle et le complexe industriel du handicap
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Ce panel a regroupé deux conversations distinctes, mais reliées, dirigées par Shelley Petit et Murielle Pitre de la Coalition des personnes handicapées du Nouveau-Brunswick (CPHNB). La première a examiné le complexe industriel du handicap, un système au sein duquel les gouvernements, les organismes sans but lucratif et les entreprises profitent souvent du handicap, tout en laissant les personnes handicapées dans une situation matérielle plus difficile. Se servant de Saint John, au Nouveau-Brunswick, à titre d’exemple, elle a décrit comment les investissements publics ciblés ayant pour but d’améliorer les résultats élargissaient plutôt les tiers fournisseurs de services et l’infrastructure administrative, et se traduisaient par peu d’avantages directs pour les résidents handicapés. Elle a incité le public à remettre en question les modèles caritatifs et axés sur les services qui récompensent les donateurs et les organisations, tout en excluant les personnes handicapées des décisions relatives à l’allocation des ressources.
La deuxième s’est penchée sur la conception universelle dans le domaine du logement en tant que solution concrète et préventive. La conception universelle, qui se distingue de la conception « accessible » ou adaptée, crée des logements que tous et toutes peuvent utiliser, tout au long de l’évolution de leurs besoins au cours de leur vie. Citant les modèles australiens et les études de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, elle a fait remarquer que la plupart des caractéristiques de la conception universelle n’ajoutent que peu ou pas de coûts au stade de la construction, tandis que l’adaptation effectuée plus tard est considérablement plus coûteuse et souvent inadéquate. À l’aide d’une visualisation guidée de la visite d’une maison en fauteuil roulant, les panélistes ont mis en évidence les nombreux obstacles cachés des logements classiques et ont demandé que la conception universelle devienne obligatoire dans les nouveaux bâtiments de tous les ordres de gouvernement.
- Les personnes 2SLGBTQ+ en situation de handicap et leur expérience de la pauvreté au Canada
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Animé par Nick Mule (Université York), ce panel, Les personnes 2SLGBTQ+ en situation de handicap et leur expérience de la pauvreté au Canada, a présenté la première étude nationale de 2,5 millions de dollars menée sur six ans au sein de la communauté et qui examine la prévalence et les effets de la pauvreté sur les personnes 2SLGBTQ+ au Canada. Elle mobilise environ 94 membres du projet qui exécutent le travail et suivra les résultats jusqu’en 2029. Les panélistes ont ancré les données dans l’expérience vécue et les réalités régionales : Dani Hummel, de St. Catharines, a mentionné que dans la région de Niagara, les Autochtones représentent plus de la moitié de la population itinérante et les personnes handicapées forment le deuxième groupe en importance, ce qui indique que la pauvreté, le handicap et l’isolement se recoupent en dépit des ressources communautaires, telles que le Willow Arts Community. S’appuyant sur un large échantillon de près de 2 000 participants, Michael Martel (New York) a signalé que 43 % des participants s’identifiaient comme des personnes handicapées, étaient en situation de grave insécurité alimentaire, avaient un faible sentiment d’appartenance et disposaient de systèmes d’aide au revenu qui pénalisaient le travail dans les faits. De Winnipeg, Luca Gheorghica a relié la pauvreté à l’érosion du tissu social, aux politiques punitives et aux obstacles aux soins d’affirmation de genre. L’étude emploie une approche « JEDDI » (justice, équité, diversité, décolonisation et inclusion) selon laquelle les communautés montrent la voie et les décideurs écoutent.
- Éducation et personnes en situation de handicap : un outil pour mettre fin à la pauvreté
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Le panel Éducation et personnes en situation de handicap : un outil pour mettre fin à la pauvreté, animé par Diane Driedger et Nancy Hansen de l’Université du Manitoba, a présenté l’éducation comme un levier essentiel pour anéantir la pauvreté liée au handicap. Mme Driedger a retracé l’histoire de l’accès à l’éducation par les personnes handicapées au Canada après la Deuxième Guerre mondiale, et noté que les premiers défenseurs des droits des personnes handicapées étaient des étudiants handicapés d’établissements postsecondaires, dans les années 1970, qui se retrouvaient souvent dans des environnements inaccessibles. Bien qu’il existe maintenant des bureaux d’accessibilité et des subventions ciblées, le soutien sur les campus continue d’être sous-financé et de manquer de personnel, même si plus de 27 % de Canadiennes et de Canadiens se disent handicapés, et que les effectifs du niveau postsecondaire continuent d’augmenter.
Mme Hansen a ancré la discussion dans l’expérience vécue en racontant son parcours, du système ontarien d’« éducation spécialisée » séparé où les enfants handicapés étaient exclus des écoles publiques, à l’université. Elle a parlé de la persistance du capacitisme aversif dans les établissements d’études supérieures qui se voient comme progressives, mais ne veulent pas écouter lorsque les personnes handicapées soulignent les défaillances systémiques. Pour les deux érudites, les études universitaires ont été à la fois libératrices et obstructives, marquées par l’inclusion « performative », ou superficielle, plutôt que par des changements structurels. Leur conclusion était claire : l’éducation transforme la vie et la société uniquement lorsque les étudiants handicapés sont vraiment bienvenus, soutenus et traités comme des dirigeants qui façonnent l’avenir, et non pas comme des problèmes à résoudre après coup.
- Naviguer dans les politiques relatives aux personnes en situation de handicap au Canada : situation actuelle et orientations futures
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Le panel Naviguer dans les politiques relatives aux personnes en situation de handicap au Canada : situation actuelle et orientations futures était animé par Brittany Finlay, associée de recherche principale à l’Université de Calgary. Elle a commencé par donner un aperçu du ADVANCE Network (Alliance for Disability Voices, Advocacy, and National Community Empowerment), une initiative nationale qui analyse les programmes et les services destinés aux personnes handicapées partout au Canada afin de déterminer ce qui fonctionne et de cerner les lacunes. Le travail du réseau s’articule autour de quatre grandes optiques en matière de politique : types de programmes et efficacité du gouvernement, parcours d’accès, admissibilité et conception, et accès et exclusion. Les quatre chercheurs universitaires présentés plus bas sont nommés pour une durée d’un an, mais le réseau est établi pour plusieurs années dans le but de dépasser le cadre de la recherche vers le renforcement des capacités et la mobilisation des connaissances.
Meaghan Reitzel, chercheuse au niveau postdoctoral à l’Université de Calgary et à l’Université McMaster, se concentre sur les critères d’admissibilité et sur l’accès. Fondé sur l’ergothérapie, son travail place l'équité comme point de départ, et non pas comme une réflexion après coup. Elle a expliqué la manière dont les définitions non uniformes du handicap dans les provinces et les territoires se traduisent par l’iniquité en matière d’accès, particulièrement pour les personnes jugées « pas assez handicapées », en dépit de leurs besoins évidents. Sa recherche compare les définitions juridictionnelles à celles de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, et étudie les répercussions en aval sur le soutien aux aidants et aux transitions de vie.
Laura Mudde, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique, campus Okanagan, s’est penchée sur le financement individualisé et l’intégration professionnelle des jeunes sortant du système d’éducation. En s’appuyant sur la justice critique en matière de handicap et la théorie crip, elle interroge le paysage politique fragmenté du Canada afin d’identifier les personnes qui passent entre les mailles du filet de l’admissibilité, souvent en raison d'obstacles de navigation, linguistiques et systémiques. Son travail au sein d’ADVANCE est axé sur l’intervention précoce et les soutiens développementaux, et révèle comment l'exclusion aggrave la situation des plus marginalisés.
Kelsey Seguin, doctorante à l’Université d’Ottawa, apporte une perspective multidisciplinaire et fondée sur l'expérience vécue à la question des délais d'attente pour les services aux personnes handicapées. Son étude porte sur l’impact de facteurs géographiques (zones rurales versus urbaines), de la hiérarchisation du diagnostic et des délais accrus sur l’accessibilité, ce qui entraîne souvent des interventions précoces manquées et une série de répercussions sur le développement.Sarah Raza, spécialiste des politiques et chercheuse établie à Ottawa, a abordé la fragmentation des programmes pour les personnes handicapées au Canada. Établissant le lien entre la recherche clinique et la politique en matière de santé, elle examine la répartition des responsabilités entre les ministères, les provinces et les territoires, qui donne lieu à des chevauchements, des lacunes et de la confusion pour les familles et les fournisseurs. Son travail préconise une plus forte coordination fédérale-provinciale, des systèmes d’information centralisés et une transition des cadres médicalisés vers une inclusion considérée comme un bien public qui profite à tous.
- Un salaire réel pour un travail valorisant : lutter contre les obstacles à l'emploi pour les femmes Sourdes et handicapées marginalisées et les personnes de genre divers
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Le panel Un salaire réel pour un travail valorisant : lutter contre les obstacles à l'emploi pour les femmes sourdes et handicapées marginalisées et les personnes de genre divers était animé par Doris Rajan de l’Institut Société Nouvelle. Elle a ouvert la discussion en soulignant le mandat de l’Institut, soit de mettre de l’avant l’expertise locale et l’expérience vécue des communautés fortement marginalisées grâce à la recherche appliquée et au développement social. Le panel a présenté notamment un projet de trois ans, financé par Femmes et égalité des genres Canada, qui se penche sur les obstacles auxquels sont confrontées les femmes et les personnes de diverses identités de genre, Sourdes et handicapées pour obtenir et conserver un emploi. Cette étude s’appuie sur la plateforme L’échange sur l’accessibilité de l’Institut, qui aide les personnes Sourdes et handicapées à être rémunérées pour leur expertise par les secteurs de réglementation fédérale.
Les panélistes ont basé leurs recherches sur l’expérience vécue. Kelly Johnson, de Toronto, a décrit la politique symbolique en milieu de travail, les mesures d’adaptation promises, mais non prises, et la manière dont le traumatisme générationnel et l’étiquetage systémique façonnent les jugements sur sa capacité en tant que mère autochtone handicapée. Ben Akuoko, originaire du Ghana, a raconté que des employeurs présumaient que son handicap nécessiterait des ressources excessives en dépit de ses études, obligeant de nombreux travailleurs handicapés à accepter des emplois peu adaptés ou mal rémunérés simplement pour survivre. Skyler Wolfe, de Winnipeg, a parlé de l’exclusion à plusieurs volets en tant que personne autochtone 2SLGBTQ+ dont le handicap a été présenté à plusieurs reprises comme une charge par des employeurs.
Les points de vue du Canada atlantique ont continué à souligner les lacunes structurelles. Lina Gharbiya travaille à Saint John, au Nouveau-Brunswick, et soutient les nouveaux arrivants handicapés à se retrouver dans les systèmes d’emploi. Aya Murad, une immigrante ayant une déficience visuelle arrivée au Canada en 2012, a expliqué avoir été accueillie avec sympathie plutôt qu’avec un soutien concret, et avoir été exclue des programmes d’emploi du gouvernement, ce qui l’a amenée à fonder sa propre entreprise de traiteur afin de subvenir à ses besoins et de nourrir sa communauté en pleine croissance. Bianca Okine, directrice du développement social à l’Institut Société Nouvelle, a présenté les grandes lignes de la recherche appliquée de l’Institut à Vancouver, Winnipeg, Toronto, Montréal, Iqaluit et Saint John, énuméré les obstacles à l’obtention et à la conservation d’un emploi, déterminé les exigences en matière de politique, de pratiques et de formation pour des lieux de travail véritablement accessibles, et annoncé la publication prochaine d’un document présentant ces conclusions.
Au cours de la discussion, les panélistes ont souligné l’alliance comme action plutôt que comme performance. Ben a fait appel à la collaboration avec les travailleurs handicapés au lieu de parler en leur nom, tandis que Skyler a fait valoir l’importance de défenseurs de confiance en milieu de travail qui peuvent aider à éliminer les obstacles en temps réel.
- « Insuffisant pour changer la donne » : points de vue des personnes handicapées sur la Prestation canadienne pour personnes handicapées
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Le panel « Insuffisant pour changer la donne » : points de vue des personnes handicapées sur la Prestation canadienne pour personnes handicapées s’est penché sur les échecs politiques de la Prestation canadienne pour les personnes handicapées dans l’optique de l’expérience vécue. La discussion était animée par Tracy Smith-Carrier, professeure et titulaire de la chaire de recherche du Canada à l’Université Royal Roads, avec Alfiya Battalova, professeure adjointe à l’école des études humanitaires de l’Université Royal Roads, et Sid Frankel, chercheur principal à la Faculté du travail social de l’Université du Manitoba.
Mme Battalova a commencé en présentant l’objectif de l’étude : comprendre comment les prestataires actuels et futurs perçoivent la Prestation sur le plan du caractère adéquat, de l’équité et de sa capacité à réduire la pauvreté. Fondée sur les cadres de la justice pour les personnes handicapées et de l’échec des politiques, cette recherche rejette les modèles sociaux et médicaux restrictifs et se concentre sur les réalités matérielles des personnes handicapées. L’équipe situe la Prestation au sein d’une longue histoire de politiques d’aide sociale qui engendrent un cercle vicieux de pauvreté liée au handicap caractérisée par la surveillance, le contrôle, l’austérité et la privatisation. Ses conclusions seront publiées dans le Canadian Journal of Disability Studies.
M. Frankel a ensuite détaillé la méthodologie et les principales constatations. À l’aide d’un échantillonnage au jugé, les chercheurs ont mobilisé 73 participants de toutes les régions du Canada, appuyés par un comité consultatif et des chercheurs ayant une expérience vécue. Après avoir examiné divers handicaps et diverses situations, les mêmes thèmes revenaient sans cesse : la Prestation n’est pas suffisante. Pas assez d’argent, pas assez accessible et pas assez de consultations sérieuses. Les participants ont exprimé des préoccupations ayant trait à l’exclusion des incapacités épisodiques et préconisé un engagement continu et cohérent afin que la Prestation évolue plutôt que de stagner.
Mme Smith-Carrier a clos la discussion en faisant part de ses réflexions sur ce que ces constatations révèlent au sujet de la conception et de la mise en œuvre de la Prestation. Après en avoir fait l’expérience, de nombreux participants considèrent le processus comme opaque et symbolique, ce qui indique un manque d’engagement sincère de la part du gouvernement envers un changement transformateur. Bien que les conclusions de l’étude soient transférables plutôt que généralisables, leurs implications sont claires : la Prestation est loin du revenu de base qu’elle était censée être à l’origine et fonctionne plutôt comme un complément de revenu limité, dont l’équité est inégale à travers le pays. La discussion du panel a mis en évidence les réformes nécessaires pour que la Prestation soit significative. Ces changements incluent l’augmentation du taux pour qu’elle soit appropriée, la prise en compte des différents coûts associés à différentes incapacités, la valorisation de l’expérience vécue comme une expertise et des pressions soutenues pour que le gouvernement fédéral respecte ses engagements de réduire la pauvreté liée au handicap.